Vous flottez au-dessus d'une ville. Le bateau avance lentement, car l'eau est claire, et à six mètres sous la quille reposent des fondations de maisons, des escaliers de pierre et un môle lycien. La ville sous vos pieds s'appelait Dolchiste. Elle a sombré en un après-midi, un jour du deuxième siècle, quand le tremblement de terre est venu.
La rive nord de l'île de Kekova fut jadis une cité lycienne et romaine florissante — fondée peut-être au quatrième siècle avant notre ère, habitée sans interruption pendant plus de cinq cents ans. Elle relevait du territoire d'Aperlae, le chef-lieu de la région, de l'autre côté de la baie — la ville que vous avez peut-être traversée en marchant vers Üçağız.
Le séisme survint vers l'an 141. Il fut colossal — une faille qui endommagea Myra, Patara et presque toutes les cités lyciennes de cette côte. Mais c'est Kekova qui fut frappée le plus durement. Le bord sud de l'île s'affaissa d'un seul coup de trois à cinq mètres, emportant le port, les ruelles basses et une partie des quartiers d'habitation.
Après le séisme, la ville haute fut rebâtie ; on y vécut jusqu'à l'époque byzantine. Mais la ville basse — celle qui est sous vous — fut abandonnée à la mer. Au fil des siècles, l'eau continua lentement de monter. Aujourd'hui, les ruines gisent sous une eau claire et peu profonde — mieux visibles depuis un bateau qu'elles ne le furent jamais depuis la rive.
En 1990, le site fut inscrit sur la liste indicative du patrimoine mondial de l'UNESCO. Depuis, la baignade et la plongée au-dessus de la ville engloutie sont interdites. L'eau sur laquelle vous flottez est sa protection.
Il y a cinq choses à trouver. Vous ne marcherez pas — tout se voit depuis le bateau, quand le capitaine longe lentement la rive nord. Penchez-vous par-dessus bord.
D'abord, les escaliers. Des marches de pierre qui descendent de la rive dans l'eau — trois volées se distinguent nettement. Elles menaient jadis des maisons du rivage au port. Elles mènent désormais aux poissons.
Deuxièmement, les murs des maisons. Des fondations rectangulaires de pierre taillée sous la surface. Par endroits, on reconnaît encore des seuils et des encadrements de portes. Imaginez les pièces au-dessus, les toits, l'odeur du pain et du poisson salé. Tout cela a survécu au séisme — trois minutes durant.
Troisièmement, les sarcophages à demi engloutis. Sur la rive, plusieurs tombeaux lyciens se dressent encore au-dessus de l'eau — le socle sous le niveau actuel de la mer, le couvercle au-dessus. Le séisme ne les a pas précipités dans les profondeurs ; il les a fait descendre jusqu'aux pieds des ciseleurs.
Quatrièmement, le môle. Une longue ligne de blocs de pierre juste sous la surface, parallèle au rivage. C'était le brise-lames antique qui protégeait la ville basse des tempêtes d'hiver. Il ne protège plus rien — mais les pierres n'ont pas bougé.
Et cinquièmement — de retour à terre, à Kaleköy, de l'autre côté de la baie : les sarcophages antiques à demi enfoncés dans la vase du port actuel. Demandez à votre capitaine d'y accoster. Suivez le sentier au-delà des maisons du village jusqu'aux tombes lyciennes qui se tiennent dans la mer, de l'eau jusqu'aux genoux, à regarder passer les bateaux. Le même séisme les a fait descendre, elles aussi.
Le tremblement de terre de 141 compte parmi les plus violents que le monde méditerranéen antique nous ait transmis. Des inscriptions à Patara et à Myra en parlent. Un sénateur lycien d'époque romaine, Opramoas, l'homme le plus riche de Lycie, donna une fortune pour rebâtir des dizaines de cités — le théâtre de Myra, le grenier de Patara, Tlos, Xanthos. Son nom est gravé sur des monuments dans toute la région.
Mais Kekova ne fut pas rebâtie. La ville qui a disparu ici n'avait pas d'Opramoas. Pas de mécène, pas de fonds de reconstruction. C'était une ville de travail — pêcheurs, marchands, dockers. Le séisme la surprit sans préavis, et la mer la trouva en quelques minutes. Les Lyciens de la ville haute ne purent que regarder la ville basse sombrer — puis continuer à vivre. Ce qui nous reste, c'est l'eau.
Le bateau va contourner l'île et rentrer vers Üçağız. De là, la Voie lycienne file vers l'est à travers les oliveraies jusqu'à Myra, vers l'église de saint Nicolas — la prochaine grande cité lycienne. Mais avant, quand le bateau ralentira : regardez encore une fois vers le fond. Soixante générations de pêcheurs ont ramé au-dessus de cet escalier avant votre passage. Bonne route.