Vous êtes devant la Chimère. Les flammes à vos pieds brûlent ici, sans interruption, depuis avant qu'Homère n'écrive l'Iliade. Les Anciens appelaient cela le souffle d'un monstre abattu. La science d'aujourd'hui appelle cela du méthane. Les deux ont raison.
Yanartaş — le nom turc moderne, qui signifie « roche qui brûle » — est l'un des rares lieux sur terre où un gaz naturel sourd des fentes du socle rocheux et s'enflamme de lui-même, perpétuellement. Ce gaz est du méthane, produit dans les profondeurs par une lente réaction chimique entre une roche riche en fer et l'eau. Il monte par les fissures, rencontre l'air, et la température fait le reste.
Les flammes sont plus fortes l'été, quand la roche est sèche, plus faibles l'hiver. Elles ont brûlé à toutes les saisons pendant plus de deux mille cinq cents ans que nous connaissons, et sans doute bien des millénaires auparavant.
Les Grecs anciens connaissaient ce feu, eux aussi. Ils le nommèrent Chimère — le monstre cracheur de feu que, selon Homère, le héros Bellérophon tua en chevauchant le cheval ailé Pégase et en enfonçant une lance de plomb dans sa gorge. Quand le monstre tomba, disaient les Grecs, il s'enfonça dans la montagne — et ce que vous voyez maintenant, c'est son souffle, qui s'échappe encore.
Marchez entre les deux zones de flammes. La zone basse, où le chemin vous mène d'abord, a les plus grandes flammes — parfois un mètre de haut en été. La zone haute, quinze minutes plus loin, a plus de feux séparés, mais chacun plus petit. Toutes deux ont des pierres noircies par deux mille cinq cents ans de suie.
Cherchez les fondations du petit temple hellénistique, juste à l'est de la zone basse. Les Grecs bâtirent ici un sanctuaire à Héphaïstos — le dieu du feu et de la forge. Les colonnes ont disparu, mais les pierres de la plate-forme demeurent. On vint ici en pèlerins, puis en touristes romains, puis en chrétiens byzantins, puis en bergers ottomans. Maintenant, vous.
Essayez de cuire quelque chose. Depuis des siècles, les marcheurs apportent ici du thé, des châtaignes, des saucisses. Les flammes sont assez chaudes. Veillez à redescendre vos déchets avec vous. La montagne a été longtemps clémente envers ses visiteurs ; gardons-la ainsi.
Au premier siècle de notre ère, le naturaliste romain Pline l'Ancien décrivit une montagne de Lycie où le feu ne mourait jamais. Il n'y était jamais venu lui-même, mais le récit avait atteint Rome. Il la décrivit, dans son Histoire naturelle, comme une fournaise éternelle que ni l'eau, ni la terre, ni aucune main humaine ne pouvait éteindre. Pline avait raison. Dix-neuf siècles plus tard, les flammes brûlent toujours. Nous y avons ajouté les lampes et les selfies ; tout le reste est pareil.
D'ici, la Voie lycienne descend à Çıralı pour la nuit, et continue le lendemain vers le nord, vers Tekirova et Phaselis. Mais avant de redescendre — asseyez-vous. Regardez les flammes dix minutes. Deux mille cinq cents ans de marcheurs ont fait exactement cela avant vous. Bonne route.